19 juillet 2026

L’ATELIER D’ÉCRITURE DE BOURGUEIL (épisode 3)

 


Exercice : Un jardin, une rencontre

La description d’un jardin par Alain Baraton va servir d’écrin à une rencontre.

Décrire le cadre avant de la raconter en incluant des éléments du décor qui sont évoqués dans le texte dont ceux de la liste : patio, palmier, bassin, jardin.

Une image est jointe au texte et suggère soit une ambiance qui peut être mystérieuse, où simplement que les arbres du parc observent cette rencontre. À moins que l’imagination évoque autre chose.

Choisir sous quel angle raconter l’histoire.

Durée proposée : 30mn. Texte d’une page.

***

Le saviez-vous, les arbres nous observent ?

J’ai pu assister, un jour, à l’une de leurs conversations. La scène se déroulait dans les jardins du Petit Palais, à Paris.

Le jardin, caché derrière les façades élégantes du musée, formait un écrin paisible. Un péristyle en demi-cercle bordait l’espace, ses colonnes claires dessinant une galerie ombragée où les pas résonnaient doucement. Au centre, un bassin peu profond miroitait, ses mosaïques délicates révélant des motifs aux teintes bleutées, que l’eau rendait vivants et mouvants.

Autour, la végétation semblait à la fois ordonnée et libre. Des palmiers dressaient leurs silhouettes exotiques vers le ciel parisien, tandis que des bananiers aux larges feuilles apportaient une touche presque tropicale à cet endroit inattendu. Des massifs de fleurs, roses, blanches et pourpres, diffusaient un parfum léger, mêlé à l’odeur fraîche de la pierre tiède. C’est là que deux arbres conversaient.

Un palmier élancé, un peu orgueilleux, et un bananier aux larges feuilles frémissantes murmuraient entre eux. Le vent portait leurs paroles, comme un secret qu’il aurait été impoli d’interrompre. Ils commentaient une rencontre survenue la veille.

— Tu l’as vue ? demanda le bananier, ses feuilles vibrant d’excitation.

— Comment ne pas la voir, répondit le palmier d’un ton rêveur.

Il s’agissait d’une jeune femme. De longs cheveux noirs encadraient son visage, et ses grands yeux bleus semblaient contenir un ciel entier. Elle portait une robe blanche, légère, qui capturait la lumière comme un voile. Était-ce le bleu des mosaïques du bassin qui se reflétait dans ses cheveux, ou bien emportait-elle avec elle une part du paysage ? Aucun des deux arbres ne parvenait à trancher. Elle se tenait au bord de l’eau, immobile, observant le jardin dans le miroitement du bassin. Les colonnes du péristyle se répétaient à l’infini dans le reflet tremblant, comme un passage vers un autre monde. De temps à autre, une brise ridait la surface, brisant les lignes et les certitudes.

— Elle attend, dit doucement le bananier.

— Non, corrigea le palmier. Elle se souvient.

Sous le péristyle, à quelques pas de là, un jeune homme cheminait lentement. Ses pas faisaient crisser le gravier fin, et l’ombre des colonnes jouait sur son visage, comme si le lieu lui-même hésitait à le révéler. Il feignait la distraction, mais ses yeux revenaient sans cesse vers elle. Intrigué, attiré, comme guidé par une force qu’il ne comprenait pas encore. Les feuilles frémirent.

— Le voilà, murmura le bananier.

— Enfin, répondit le palmier.

Car les deux arbres savaient. Ils savaient ce que les humains oublient trop souvent. Ces deux-là étaient liés. Âmes sœurs, tissées à travers le temps, ils s’étaient déjà rencontrés dans d’autres vies, sous d’autres cieux, dans d’autres histoires. Mais les humains, eux, ont la mémoire fragile. Alors les arbres avaient décidé d’aider. Un souffle de vent plus insistant fit danser la robe blanche de la jeune femme. Une fleur détachée d’un massif voisin glissa jusqu’au bord du bassin. L’eau se troubla légèrement, et les mosaïques semblèrent onduler comme un message codé. La jeune femme leva les yeux. Au même instant, le jeune homme ralentit. Leurs regards se croisèrent. Un instant suspendu. Même la fontaine sembla se taire.

— Voilà, dit le palmier avec satisfaction.

— Il était temps, ajouta le bananier en frémissant doucement.

Et tandis que les deux inconnus hésitaient encore à sourire, les arbres, silencieux désormais, reprirent leur rôle immuable : observer, patienter et parfois, très discrètement, guider le destin.

Sylvie DUFRENOY

18 juillet 2026

L’ATELIER D’ÉCRITURE DE BOURGUEIL (épisode 2)

 


Exercice de la chambre

Choisir une chambre parmi toutes celles qu’on a eues. Ou une chambre inventée.

Inventorier " toutes les différentes manières qu’on peut avoir d’en parler. Ce qu’on voit de la fenêtre, quand on s’y est perdu au milieu de la nuit. Les cachettes qu’on s’y faisait. Les saisons. Les bruits, bruits de la journée quand on y est mais qu’on ne devrait pas y être, les bruits du dimanche, les bruits de la nuit."

***

 

Ma chambre d’adolescente

Elle se trouvait dans l’appartement familial au 1er étage d’un immeuble ancien de la ville. C’était une petite chambre avec une fenêtre donnant sur la rue. Elle était meublée simplement d’une petite armoire, une commode, un petit bureau, et la chaise m’accueillant pour faire mes devoirs. Ah ! J’allais oublier : dans cette chambre, il y avait un lit appuyé à une étagère cosy. Là, je posais mes livres de chevet, mes romans favoris, les livres recommandés dans la classe, qui, pour moi, représentaient une ouverture sur le monde intéressante. Dans une des niches, je rangeais mon journal, qui accueillait mes rêves, mes déceptions, mes colères. Ah ! Mes célèbres coups de gueule à cause d’une injustice ressentie, d’une punition trop chère payée au regard de la bêtise faite ! Le bureau accueillait mes livres et cahiers et témoignait de mon assiduité, ou pas, selon les matières à étudier. Entre deux, je me dégourdissais les jambes et l’esprit à la fenêtre, observant les allées et venues des ménagères faisant les courses pour nourrir la famille, le salon de thé, toujours animé, et surtout, la librairie de mon ami Oscar, un vieil homme (il avait au moins 60 ans), tellement gentil, cultivé, amusant car plein d’humour. Il avait un petit chien que je promenais parfois. Les jours de marché, la rue de l’Horloge, comme toutes les rues du centre-ville, grouillait de monde. C’était un défilé où s’entremêlaient citadins et paysans venus des campagnes environnantes, bruyant et coloré avec le déballage des camelots, la voix forte des chalands haranguant la foule pour placer leur marchandise.

Maryvonne CHICHARD